L’exposition à l’orangerie nous présente la collection du marchand allemand du XXème siècle Heinz Berggruen, jusqu’au 27 janvier 2025
“ Ma collection débuta de façon tout à fait modeste, aussi modestement que ma galerie, avant de devenir, au fil des années, une passion. Plus tard, il m’arriva d’avoir l’impression que ma galerie était un prétexte pour agrandir ma collection. Petit à petit, je devenais mon meilleur client” Souvenir d’un marchand d’art, 1997
Marchand et collectionneur passionné, il ouvre sa galerie parisienne après la seconde guerre Mondiale. Nouant très rapidement des contacts avec la sphère culturelle parisienne, il fréquente les artistes modernes, les poètes, marchands, critiques et collectionneurs de l’époque. Il consacre sa vie à l’art moderne toujours guidé par ses propres goûts et affinités. Ainsi, l’accrochage rassemble de nombreux chefs d’œuvres de ses artistes favoris : Paul Klee, Henri Matisse, Pablo Picasso, George Braque et Alberto Giacometti.
Le parcours à la fois monographique et thématique est surprenant par sa cohérence, le marchand ne laissait rien au hasard dans sa collection. Fasciné par le cubisme, il rassemble des œuvres significatives de ce mouvement moderne. Un large panorama qui nous révèle toutes les facettes de ce mouvement : du “ pré-cubisme” influencé par cézanne ( 1904-1911) au cubisme synthétique de Braque et Picasso (1912-1930).
La figure humaine et la représentation du visage humain reste le fil rouge de sa collection. Cette sélection réfléchie illustre le questionnement majeur du marchand autour de la psyché humaine.
Focus sur deux œuvres exposées :
Ces deux vues de fenêtres ouvertes, l’une peinte par Matisse et l’autre par Picasso se rapprochent par leur thème similaire, leur palette chromatique et leur datation qui suggère une influence, un regard certain des artistes sur le travail de leurs contemporains. L’accrochage les rapproches et confirme la cohérence de la collection de Heinz Berggruen, qui a vu un lien solide entre ces deux artistes moderne qu’il collectionnait avec passion.
Henri Matisse, intérieur à Etretat, 1920, Museum Berggruen
Pablo Picasso, Nature morte devant une fenêtre à saint Raphael, 1920, muséum Berggruen
Néanmoins, il nous parait important d’évoquer le caractère problématique du peintre Pablo Picasso. Considéré comme le père du cubisme et génie de son temps, il est aussi décrit comme un personnage violent et tyrannique par les femmes avec qui il a partagé sa vie. De nombreux témoignages affirment sa personnalité machiste, ses comportements violents et son emprise destructrice sur les carrières des femmes qu’il a fréquenté. Pour n’en citer que quelques-unes : la modèle Fernande Olivier qu’il séquestrait, la danseuse Olga Khohlova et la photographe Dora maar qu’il battait, cette dernière également internée de force par l’artiste. Nous pourrions également citer la jeune mineure Marie Thérèse Walter qui a témoigné de viols subie et qui a finit par se suicider tout comme Jacqueline Roque. L’une de ses dernières compagnes, l’artiste Françoise Gilot a eu le courage de se défaire de la domination de Picasso et a publié en 1960 le témoignage poignant de son vécu : “ Vivre avec Picasso”.