Le musée Cernuschi propose à ses visiteurs de découvrir trois artistes de l’art moderne Vietnamien. Ces trois artistes sont Lê Phô, Mai-Thu et Vu Cao Dam. Ils se démarquent par leur carrière menée en France, après avoir été diplômé de l’École des Beaux-Arts d’Indochine, ouvert en 1925 à Hanoï et dirigée par un artiste français : Victor Tardieu. Dans un contexte politique et culturel complexe, ces artistes illustrent l’art moderne Vietnamien durant la domination coloniale de la France sur l’Indochine.
À la suite de la première exposition universelle de 1851 à Londres, tout au long du XIXe siècle et durant le siècle suivant, les grandes puissances occidentales expriment leur domination à travers cet évènements majeur. Lê Phô participe à l’organisation de celle-ci pour le pavillon d’Indochine à deux reprises, la première fois en 1931 puis une deuxième fois en 1937. Cette exposition au musée Cernuschi met en lumière plusieurs problématiques auxquels les trois artistes et amis font face durant cette période coloniale complexe. Et notamment, leur principale préoccupation : comment mettre en avant leur singularité et leurs traditions mêlées à l’influence de l’art occidental dans l’objectif de se faire connaître et donc, d’entrer dans les rouages du marché de l’art, milieu très concurrentiel ? De ce fait, contrairement aux Beaux-Arts du monde occidental, l’accent est alors mit dans leur apprentissage au sein de l’École des Beaux-Arts de Hanoï, sur un art décoratif pour plaire et séduire… Et l’on peut dire qu’ils ont bien réussi à nous plaire !
Vu Cao Dam entouré de Mai-Thu et de Lê Phô lors de son exposition de peintures sur soie à la galerie Van Ryck, 1946, Paris.
Alain Le Kim archives.
La modernité de ces artistes se voit dans les thématiques nouvelles et les références culturelles qu’ils choisissent, liée a leur culture asiatique et l’apport des techniques occidentales. L’art moderne Vietnamien est considéré comme tel à la suite du syncrétisme entre culture occidentale et orientale, néanmoins, il faut garder en tête que ce syncrétisme se fait par le contexte colonial et par la préoccupation des artistes de pouvoir vivre de leur art, étant donné que la clientèle reste en majorité européenne.
Jeune fille à la rose résume particulièrement bien ce propos, Lê Phô illustre une jeune femme sur un fond de paysage avec un camaïeu séduisant de brun et de bleu. Lorsque l’artiste revient à Paris en 1937, pour la deuxième fois, il commence à pratiquer la technique des couleurs sur soie. Cette technique est à la fois une manière de se distinguer mais aussi pour répondre au goût parisien, friand d’exotisme. Les aplats de couleur unie s’effacent pour une touche brossée, mélangeant plusieurs teintes avec vivacité. Cette touche caractéristique des impressionnistes est mise à l’honneur, sans oublier l’élongation du corps, particulièrement le cou, qui nous rappelle aussi le peintre Modigliani.
Lê Phô, Jeune fille à la rose, 1942, couleurs sur soie, Nice, collection particulière.
“Et Aujourd’hui alors ?”
Une vente en mars 2024 enflamme un engouement autour de ces artistes vietnamiens : une encre sur soie En plein air de Mai-Thu se vends à 828 420€ à la maison des ventes Aguttes, un record ! Un regain d’intérêt pour ces artistes, dû à une documentation plus fournie et aux différents évènements culturels comme celui-ci, les mettant en avant.
On remarque aussi qu’une grande partie des acheteurs font parties des grandes familles bourgeoises vietnamiennes. Grâce à l’essor économique du pays, une volonté d’affirmation de leur culture se fait ressentir : l’investissement pour racheter l’oeuvre de ces peintres est un moyen de reconstruire l’histoire et de la transmettre.
Mai-Thu, En plein air, vers 1945, encre et couleurs sur soie