Le musée d’Orsay met à l’honneur une femme peintre quelque peu oubliée : Harriet Backer, une artiste norvégienne. C’est la première rétrospective française de l’artiste pourtant très connue dans son pays et reconnue de son vivant. On met en avant une artiste qui, durant son séjour d’une dizaine d’année à partir de 1878 à Paris, expose au Salon et remporte des prix dont une médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1889. Malgré ce succès, aucun musée public français ne possède ses oeuvres c’est alors une raison de plus pour aller admirer ses oeuvres qui viennent essentiellement de deux institutions norvégiennes.
Backer vient d’une famille d’un milieu favorisé, toujours soutenue par ses proches dans sa démarche de devenir une artiste accomplie. Cette attirance pour l’art est partagée par tous les membres de la famille Backer : l’une de ses trois soeurs Agathe Backer Grøndahl s’impose comme la personnalité la plus importante de la scène musicale norvégienne à la fin du XIXe siècle. À la fois pianiste et compositrice, sa musique nous accompagne durant l’exposition comme elle a accompagné Harriet Backer tout au long de sa vie.
Harriet Backer, Intérieur, le soir, 1896, huile sur toile, 54x66cm, Oslo National Muséum.
Au-delà d’une simple appréciation ou d’une admiration pour la musique de sa soeur, la musique est un thème très important dans la carrière de la peintre. En effet, tout au long de la promenade entre ses oeuvres, un thème ou plutôt un motif est récurrent : le piano.
Le piano est un thème assez classique déjà exploré par Watteau par exemple au XVIIIe siècle mais au XIXe siècle il incarne l’instrument bourgeois et moderne rendu accessible à la fin du siècle. Il devient un instrument incontournable dans la salle de vie des classes aisées. Les toiles d’Harriet Backer autour de ce thème se construisent simultanément comme une composition musicale et picturale, très souvent les couleurs se répondent de manière cohérente et permettent de suggérer la musique qui reste intangible. C’est tout une atmosphère qui est instaurée, les deux domaines sont conjugués de manière très douce.
Harriet Backer, Andante, 1881, huile sur toile, 70x82cm, Stavanger Art Muséum.
Le style d’Harriet Backer est un mélange de plusieurs influences, elle étudie beaucoup d’après modèle, débute en apprenant l’anatomie dans les livres de médecine et copie les maîtres exposés dans l’Alte Pinakothek qui abrite l’une des plus grandes collections au monde. L’artiste s’inspire des tableau du XIVe au XVIIIe siècle passant par l’Italie, la France et l’Espagne mais elle s’arrête plus particulièrement sur les scènes d’intérieurs avec fenêtres ou portes entrebâillées. Elle conjugue ces influences avec l’esthétique des impressionnistes qui est déterminante dans sa carrière.
À travers cette exposition, la figure de Backer permet aussi d’évoquer tout un cercle d’artiste femme. Elle n’est pas présentée comme l’unique femme reconnue dans ce milieu, au contraire elle est entourée de nombreuses artistes femmes qui ont aussi réussis à se faire une place dans ce monde.
Tout autour de Backer, on trouve des artistes très talentueuses, mention spéciale pour l’une d’entre-elles : Kitty Kielland, une artiste femme, elle et Backer partagent le même atelier tout au long de leur vie. À vrai dire, elles ne se quittent jamais alors que certains parlent de consoeur artistique d’autres y voit des amantes que l’homophobie de l’époque à fait taire. Dans le tableau Harriet Backer dans son atelier par Kielland, on perçoit l’atelier partagé par ces deux femmes, à droite de la composition, le tableau d’Harriet Backer du portrait Kitty Kielland peint la même année. Les éventails accrochés au mur évoquent l’influence japonisante mais peut être aussi une manière d’aborder leur relation, taboue à l’époque.
Kitty Kielland, Harriet Backer dans son atelier, 1883, huile sur toile, 43x37cm, Lillehammer Kunstmuseum.